Pourquoi la prévention devient
un enjeu stratégique

Le dossier de presse d’avril 2026 du Ministère du Travail et des Solidarités (Réduire l’absence au travail : améliorer la prévention des arrêts et renforcer la lutte contre les comportements abusifs) pose un constat clair : la hausse du nombre d’arrêts de travail, l’allongement de leur durée et la progression des dépenses d’indemnités journalières ne sont plus soutenables à long terme. Cette dynamique a des effets à la fois financiers, organisationnels et humains, pour le système de santé comme pour les entreprises.
Entre 2019 et 2024, le nombre d’arrêts indemnisés a augmenté, avec une progression plus marquée des arrêts maladie que des arrêts liés aux accidents du travail et maladies professionnelles. Dans le même temps, la part des arrêts longs augmente, ce qui pèse fortement sur les dépenses, même s’ils restent moins fréquents. Le dossier rappelle ainsi que les arrêts de plus de 6 mois représentent une faible part des arrêts mais une part très importante des dépenses.
Au-delà des chiffres, le sujet interroge l’organisation du travail. L’absentéisme désorganise les équipes, oblige à réorganiser les tâches, crée de la surcharge pour les professionnels présents et peut fragiliser la continuité de l’activité. Pour les entreprises, il ne s’agit donc pas seulement d’un enjeu de gestion administrative, mais d’un véritable sujet de santé au travail et de performance collective.
Le dossier insiste à juste titre sur le rôle de la prévention primaire. Réduire l’exposition aux risques professionnels, agir sur les conditions de travail, renforcer la qualité du dialogue social, soutenir les managers et développer la QVCT constituent des leviers structurants. Cette approche est cohérente avec une logique de prévention durable : mieux vaut agir en amont que multiplier les réponses tardives.
Autre point marquant : la place croissante des enjeux de santé mentale et des troubles psychiques dans la dynamique d’absentéisme. Le document souligne aussi que les arrêts de travail concernent particulièrement certaines classes d’âge, avec une montée des arrêts chez les plus jeunes et les plus âgés. Cela invite les organisations à penser des réponses différenciées, adaptées aux réalités des publics et des métiers.
Le dossier présente enfin la stratégie des pouvoirs publics : accompagnement des prescripteurs, contrôles ciblés, lutte contre les comportements abusifs, sécurisation des prescriptions et développement d’outils d’appui comme SOS IJ. Mais le message central reste celui-ci : la régulation ne suffira pas sans une mobilisation plus large des acteurs de l’entreprise.
Pour les directions, les RH, les managers et les acteurs de la prévention, la question n’est donc pas seulement de réduire l’absence, mais de comprendre ce qu’elle dit du travail. Une politique efficace repose sur trois piliers :
-prévenir les risques,
-soutenir les collectifs
-faciliter les retours au travail.
C’est à cette condition que l’absentéisme peut être traité comme un signal utile, et non comme un simple indicateur à faire baisser.
L’enjeu n’est pas de culpabiliser les arrêts de travail, mais de créer des organisations qui exposent moins, soutiennent mieux et permettent de revenir plus tôt et plus durablement en emploi.
